Un monde sans gaz naturel ?

On a l’impression que le gaz naturel est une ressource immuable, tant elle fait partie du quotidien des consommateurs, aussi bien professionnels que particuliers. Dans la grande famille des combustibles, il y a d’un côté le charbon, connu pour être polluant, de l’autre les énergies renouvelables, réputées coûteuses. Face à eux, le gaz naturel : le plus propre des combustibles fossiles. À l’heure de la réflexion sur la transition énergétique et de sa mise en œuvre, il est pourtant quasi absent des débats… L’espace d’un instant, imaginons un monde sans gaz.

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Il est largement admis que les combustibles fossiles resteront accessibles dans un futur immédiat. Les militants écologistes eux-mêmes reconnaissent qu’une transition vers des combustibles non fossiles ne se fera pas du jour au lendemain.

Dans un monde sans gaz naturel, le charbon prendrait une place plus importante dans l’offre énergétique mondiale. Prenons pour exemple la seule production électrique européenne. Des chiffres récents montrent que le gaz naturel a contribué à environ 16 % de la production électrique de l’UE-28, contre approximativement 26,7 % pour le charbon. Sans gaz naturel, la part du charbon augmenterait, puisque les pays européens cherchent à répondre à une demande énergétique croissante. L’effet serait encore plus important à l’échelle mondiale, où le charbon représente déjà près de 40 % de la production mondiale d'électricité. Il est vraisemblable que si le gaz naturel n’était plus disponible, les 20 % qu’il représente actuellement dans cette production viendraient s’ajouter à la part du charbon.

Cela augmenterait inévitablement les émissions mondiales de CO2. En effet, le charbon produit 60 % d'émissions de CO2 supplémentaires par rapport au gaz pour la production d'électricité. Sans le gaz naturel, les gouvernements auraient du mal à atteindre les objectifs mondiaux fixés par les normes de sobriété carbone. Des accords déterminants, comme ceux conclus lors de la conférence de Paris sur le changement climatique (COP21), ne seraient tout simplement pas viables. Sans le gaz naturel, il serait impossible de décarboner l'économie mondiale et de négocier des solutions à la fois rentables et faibles en carbone.

Gouvernements et institutions seraient donc confrontés à un choix. Ils ne pourraient pas ignorer les effets d’une montée des émissions et leur impact sur le changement climatique. Mais si le gaz naturel était retiré de l’équation, le monde n’aurait pas de combustible de transition vers lequel se tourner. Quelle serait donc la deuxième option ? Investir dans les énergies renouvelables pour tenter de réduire les émissions.

L'issue de ce scénario n’est pas très rassurante. Les prix augmenteraient, et la sécurité énergétique mondiale diminuerait. Certains pays comme l’Allemagne - qui s’est fortement engagée dans la voie du renouvelable -, ont dû reporter le coût sur les consommateurs : on estime que les consommateurs allemands (industriels et ménages) payent plus de 20 milliards d’euros par an pour subventionner le renouvelable dans leur balance énergétique. Dans cette partie de l’Europe, l’ensoleillement est loin d'être constant et le vent ne souffle pas en continu, ce qui crée de grands écarts d’approvisionnement énergétique. "Approvisionnement" est un terme presque inapproprié puisque les énergies renouvelables ne peuvent être stockées.

La fiabilité des apports énergétiques mondiaux s’étiolerait du fait de la dépendance croissante aux énergies renouvelables sous leur forme actuelle, technologiquement encore peu matures. La fluidité et la liquidité des marchés énergétiques mondiaux seraient, elles aussi, perturbées. Et les gisements de gaz de schiste et livraisons de GNL ? Inexistants.

Les projets de transport du gaz naturel par gazoduc, qui constituent des opportunités d’investissement et un apport énergétique fiable pour les consommateurs, ne seraient plus envisagés.

Sans le gaz naturel, notre monde serait très, très différent. Ainsi, dans notre marche vers un accord climatique mondial, COP 21 en tête, ne rejetons pas intégralement les combustibles fossiles lors de la transition vers un avenir énergétique plus propre. Le gaz naturel est un catalyseur ; c’est un combustible qui rend possible un futur faible en carbone. C’était un enjeu récurrent lors des discussions de Paris, car c'est un élément déterminant pour que les accords sur le changement climatique soient réalistes et mènent à des solutions rentables.

Le gaz naturel a donc encore un rôle majeur a jouer sur la scène de la transition énergétique. Nous suivrons de près ses évolutions, et peut-être même ses révolutions, sur le maGAZine !

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Source de l'image à la Une : Flickr (Mike Mertz)