26 octobre 2022

Crise énergétique : se préparer à l’hiver 2023-2024

L’Hiver 2022-2023 n’a pas encore réellement commencé que déjà la question de l’hiver suivant se pose. La crise énergétique européenne a pu être en partie contenue jusqu’ici par un alignement des astres tout à fait inédit : des températures douces, la poursuite d’une partie des importations de gaz Russe, des surplus de GNL en provenance d’Asie… Mais qu’en sera-t-il dans un an ? Serons-nous en mesure de passer l'hiver prochain ? Tentons une approche mathématique… Sans gaz Russe, 1500 TWh doivent être remplacés ou compensés. Le MaGAZine a fait le calcul.

1) Nos stocks de gaz post Hiver 22-23.

L’Hiver 2023-24 se prépare dès maintenant. Notre capacité à préserver nos stockages aujourd’hui et pendant l’hiver qui s’annonce est un élément clé de l’équation. La quantité de gaz qui restera disponible au printemps 2023 sera autant de gaz en moins à injecter l’été 2023. Ce qui maximise les chances d’aborder l’hiver 2023-24 avec des stockages pleins, tout en contribuant à limiter la hausse des prix pendant la phase d’injection.

Bien qu’il ne soit pas possible d’établir avec certitude la quantité de gaz qui restera dans les stockages européens au printemps 2023, faisons l’hypothèse, un peu pessimiste, d’un atterrissage à 25%. Cela nous permettrait de gagner 280 TWh sur les 1500 TWh à compenser.

Le niveau de stockage du printemps prochain aura également un effet important sur les prix en Europe, impactant mécaniquement le spread Europe/Asie et la destination des méthaniers. Il faudra surveiller ça de près.

2) La politique zéro Covid chinoise.

Le récent congrès du Parti Communiste Chinois (PCC) a montré que le parti allait poursuivre sa stratégie zero Covid et aussi éloigné que cela puisse paraître c’est en réalité une très bonne nouvelle pour l’énergie en Europe. En effet, cette politique zero covid est responsable d’un ralentissement majeur dans l’économie chinoise provoquant une baisse de la demande en GNL qui bénéficie directement à l’Europe.

150 TWh supplémentaires pourraient être récupérés par l’Europe via les surplus des opérateurs Chinois où directement via les vendeurs de GNL qui se détourneraient du marché Asiatique.

3) L’exploitation ou non de ressources gazières de l’UE.

Sans aller chercher de solutions à l’autre bout du monde, l'Europe aurait tout à gagner à regarder au sein de son propre territoire car ce dernier n’a pas encore donné tout ce qu’il pouvait en matière d’hydrocarbures. Par exemple, il est encore possible d’extraire du gaz naturel du champ gazier de Groningen (Pays-Bas). En raison des problèmes sismiques graves que cela implique, faisons l’hypothèse que seuls 40 TWh seraient extraits dans l’année.

Par ailleurs, n’en déplaise au GIEC, les anglais font le forcing pour pousser l’exploitation de nouveaux gisements en mer du Nord. Près de 900 sites sont actuellement évalués. En temps normal, il faut compter 5 ans pour qu’un tel projet aboutisse mais l’urgence est telle que le délai pourrait être réduit.

En France, il existe également de telles capacités dans d’anciennes mines de charbon si la volonté politique suit. Toutefois, difficile de considérer que cela aura un impact en 2023.

La baisse continue des investissements dans l'exploration et la production ces dernières années a rendu le secteur gazier moins réactif (perte d'attractivité, perte d'expertise, etc.)

4) L’augmentation des flux en provenance d’Algérie et d'Azerbaïdjan

L’Europe pourrait compter sur une augmentation des flux gaziers en provenance d’Algérie et d'Azerbaïdjan. 100 TWh supplémentaires pourraient venir compenser la disparition du gaz Russe dans nos tuyaux. Mais il convient de rester très prudent sur la question. Dans le cas de l’Algérie, augmenter la production nécessite des investissements qui seront faits mais rien ne garantit que le plan se déroule sans accrocs et que l’augmentation de la production pourra intervenir en 2023 ou que ces investissements n'iront pas servir le marché local (Egypte, Lybie) plutôt que l'Union Européenne.

Dans le cas de l'Azerbaïdjan, la position de l’Europe est complexe. Quelques semaines après avoir signé des accords gaziers avec l’Union Européenne, l'Azerbaïdjan a déclenché un conflit frontalier contre son voisin Arménien, profitant du retrait des troupes russes censées stabiliser la frontière.

5) Le retour du GNL Texan

En 2022, le port méthanier de Freeport, situé sur les côtes Texanes, a subi une grave avarie et se prépare à réouvrir. Il devrait retrouver son plein potentiel en 2023 et permettre à l’Europe de recevoir d’avantage de GNL en provenance des Etats-Unis : 60 TWh.

6) L’efficacité des mesures de sobriété des consommateurs européens

Les mesures de sobriété énergétique demandées aux membres de l’Union Européenne visent un objectif de réduction des consommations de gaz naturel de l’ordre de 15%. Si cet objectif était atteint, cela permettrait de compenser 600 TWh sur les 1500 TWh nécessaires. De loin la mesure là plus importante de toutes, mais également l’une des moins maîtrisables surtout quand des mesures type “bouclier tarifaire” viennent protéger les consommateurs et réduire l’effet prix sur le comportement de consommation.

Si l'hiver 2022-23 ne sera pas un problème, passer l’hiver suivant risque d’être bien plus compliqué.  En cumulant l’ensemble des pistes qui permettent de compenser l’absence de gaz russe nous parvenons à 1230 TWh. Ce n’est pas rien ! Mais ça demeure bien en dessous des 1500 TWh nécessaires. Il y a donc fort à parier que l’hiver prochain aura un impact sur les entreprises énergivores (La Chimie, la métallurgie et l'agroalimentaire). Ces dernières pourraient être tentées de revoir leurs modes de production dans les prochaines années, anticipant autant que possible leur sortie des énergies fossiles.

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