Vers une OPEP du gaz naturel ?

Cela fait bien longtemps que le pétrole dispose de son organisation de régulation des prix et de la production. En effet, l'OPEP a été créée en 1960 ! Vous l'aurez sans doute remarqué, il n’existe aucun équivalent dédié au gaz naturel... pour le moment. Car si le sujet a fait débat ces dernières années, il revient peu à peu sur le devant de l'actualité. Alors, l'OPEP du gaz naturel, c'est pour bientôt ? Le maGAZine vous explique tout !

Sommaire

Le FPEG, une première idée d'équivalent à l'OPEP

S’agissant du pétrole, l'OPEP a un certain nombre de missions, dont la défense des intérêts des pays producteurs. S'il n'existe aucun organisme strictement identique à l'OPEP en matière de gaz naturel, une association a été créée en 2001 pour assurer ce lobbying : le Forum des pays exportateurs de gaz, ou FPEG (GECF en anglais, pour « Gas Exporting Countries Forum »).

Son objectif : aider ses membres à anticiper les évolutions du marché du gaz naturel, et développer l'exploitation des ressources dans les meilleures conditions financières, économiques et environnementales. Le FPEG est ainsi constitué de 12 membres :

  • l'Algérie, l'Egypte, la Guinée équatoriale, la Libye et le Nigéria pour l'Afrique ;
  • l'Iran, le Qatar, les Emirats arabes unis pour le Moyen-Orient ;
  • le Venezuela, la Bolivie et Trinité-et-Tobago pour l'Amérique du sud ;
  • la Russie.

5 pays observateurs (le Kazakhstan, la Norvège, les Pays-Bas, Oman et le Pérou) complètent cet organisme. Le FPEG se réunit une fois par an et représente près des deux tiers des réserves prouvées de gaz naturel dans le monde.

Du FPEG à une OPEP du gaz naturel ?

Or, si le FPEG, groupement à la structuration perfectible, est une première étape, de nombreux experts s’accordent à dire qu’il ne va pas assez loin. Tout d'abord parce qu'il n'en a pas l'ambition : l’organisme assure n'avoir aucune envie de fixer de quotas de production, et ne pas posséder de mécanismes de contrôle efficaces sur le prix du gaz à l'international.

Ensuite, parce que les États-Unis, premier producteur mondial de gaz, ne font pas partie du FPEG. Enfin, parce que le groupement a, à de nombreuses reprises, affirmé sa détermination à soutenir des prix du gaz indexés sur les cours du pétrole. De fait, le FPEG ne peut devenir l'OPEP du gaz naturel – du moins pas en l’état.

Un marché du gaz naturel difficile à réguler

Le marché du gaz naturel est plus difficile à réguler que celui du pétrole. Et ce pour plusieurs raisons :

  • L'extraction du gaz naturel a un coût assez élevé.
  • Le marché est essentiellement régionalisé, et non global. Les échanges de gaz naturel reposent en effet sur des structures comme les gazoducs, privilégiant de fait les échanges avec les voisins.
  • Les contrats signés sont pour la plupart à moyen et long terme, même si le marché à court terme, avec les offres Spot, a connu une belle progression ces dernières années.

Autre difficulté : les consommateurs ne militent pas réellement en faveur de la création d'un OPEP du gaz naturel pour réguler les prix. Les Européens, notamment, estiment qu'ils ont beaucoup plus à y perdre qu'à y gagner.

Un organisme de régulation de plus en plus nécessaire

L’idée d’une OPEP du gaz naturel pourrait s’imposer naturellement aux acteurs de ce marché. En effet, le besoin de réguler les prix du gaz est de plus en plus exprimé par ces derniers. Cela permettrait, entre autres, de délier les prix du pétrole et du gaz naturel, le premier ayant souvent une influence sur les variations du second, bien que leur dynamique soit différente.

Par ailleurs, seule une OPEP du gaz naturel pourrait stabiliser les prix lorsqu’une surabondance de ressources est constatée sur le marché. On pense par exemple au cas du Qatar, qui vient d’annoncer sa décision d’augmenter ses exportations de gaz naturel liquide de 30 %.

Enfin, une telle organisation permettrait de renforcer la concertation entre les pays producteurs de gaz naturel. Un moyen d’équilibrer les forces entre les principaux exportateurs, de mieux défendre les intérêts des acteurs économiques et de redonner au gaz naturel toute sa place dans la transition écologique, alors que cette ressource en est jusque-là plutôt écartée.

Le projet d’une OPEP du gaz naturel fait, petit à petit, son chemin. Elle semble en effet s’imposer aux yeux des acteurs économiques. Reste à voir quelle forme elle pourrait prendre, la place que chaque pays y occuperait, et l’influence qu’elle pourrait avoir sur le marché.

Source de l'image à la Une : Flickr (Anita Gould)